
Les droits fondamentaux sont des garde‑fous essentiels, mais ils évoluent constamment, leur interprétation s’affine au fil des défis contemporains. Au‑delà des normes, ils reposent sur une exigence première, la primauté de la vie et la solidarité. Pour devenir effectifs, ils doivent être compris, appropriés et intégrés dans un écosystème juridique et social complexe.
Lors du Learning Planet Festival 2026, deux questions ont guidé nos échanges avec des acteurs de terrain.
👉 Les droits humains: un idéal creux ou un outil pour agir ?
→ Un débat interactif sur la portée réelle des droits humains aujourd’hui et animé par la journaliste Anne-Claire Delval avec une juriste engagée pour la démocratisation du droit, une facilitatrice/médiatrice au service de l’humain et une chargée de plaidoyer de Pollinis.org, justicier du vivant.
À partir d’exemples très concrets – violences faites aux enfants, devoir conjugal, pesticides, biodiversité, mobilisation citoyenne – la discussion montre comment le droit peut devenir un levier puissant face au sentiment d’impuissance, à condition d’être compris, interprété, approprié collectivement.
(https://www.youtube.com/watch?v=t9alpjjVDJc&t=1132s)
👉 Les droit à l’instruction: promesse sacrée ou mirage juridique?
→ Une réflexion critique sur l’effectivité du droit à l’éducation à l’ère contemporaine avec une juriste et une éditrice/essayiste du Groupe de Recherche et de Réflexion sur l’Education (grr-education.org).
Transcription de la discussion FR EN DE.
(Replay visuel non disponible pour des raisons techniques)
Pour nourrir la réflexion, nous avons également produit de courtes vidéos (FR/EN/DE) fondées sur des sources scientifiques, portant sur la naissance de la hiérarchie, la dualité humaine, la question démocratique, l’apprentissage organique et l’arrêt de 2026 abolissant le « droit de correction » en France.
Elles sont disponibles sur la playlist FutureEd de notre chaîne YouTube https://www.youtube.com/@ALLIasbl/playlists

Nos échanges dans le cadre du projet nous ont aussi permis de comprendre ce qui rend la Charte africaine des droits humains si singulière. Comme nous l’a expliqué un avocat, elle repose sur une vision profondément collectiviste inspirée d’Ubuntu – « je suis parce que nous sommes » – qui valorise l’harmonie sociale et la responsabilité mutuelle. Cette philosophie se reflète dans des choix juridiques audacieux : la Charte a servi de pionnière en justice restaurative, notamment à travers l’exemple des commissions Vérité et Réconciliation, et elle est le seul instrument international à codifier explicitement le droit de résister à l’oppression (article 20). Elle est parfois critiquée pour privilégier la paix sur la justice, mais elle incarne une approche où la réparation, la réconciliation et la cohésion collective priment sur la logique punitive. Ces particularités montrent comment l’Afrique a développé une conception des droits humains centrée sur le lien social et la dignité partagée.
Cette approche rejoint celle des bonnes pratiques présentées par EUDEC.
La justice restaurative est un pilier de l’éducation démocratique : elle transforme les dynamiques éducatives en misant sur le dialogue, la responsabilité et la réparation plutôt que sur la sanction. Voici quelques VIDEOS pour l’illustrer (lien en attente).
Pour éclairer l’antagonisme entre visions « individualistes » et « collectivistes », le philosophe Axel Honneth rappelle dans La lutte pour la reconnaissance que l’émergence de revendications politiques liées à des différences individuelles ou collectives ne peut être durablement satisfaite que par des transformations culturelles profondes, entraînant un élargissement radical des relations de solidarité. Cette perspective ouvre une voie féconde : dépasser l’opposition entre l’individu et le collectif pour penser des institutions capables de reconnaître chacun tout en renforçant le lien social.
La théorie de la reconnaissance continue d’évoluer et pourrait contribuer à cette transformation culturelle nécessaire.
Un premier pas consiste à revenir à la finalité originelle du droit à l’éducation : développer le discernement, cette capacité à comprendre le monde, à juger avec nuance et à choisir la paix.
👉 Entre guerre, paix et conflits d’intérêts : que faire ?
Discerner, c’est d’abord comprendre. C’est ce que réclament les jeunes : accéder à une compréhension du monde non biaisée pour en devenir pleinement acteurs et contribuer à des futurs soutenables.
Redonnons une place au débat en sortant de nos bulles.
Créer des espaces où l’on discute des questions de société, où l’on examine des points de vue divergents et où l’on apprend à argumenter dans le respect des personnes. Rappelons que la neutralité de l’école ne consiste pas à éviter les sujets difficiles, mais à permettre leur examen pluraliste.
Une approche fondée sur les principes éthiques des droits humains pourrait servir d’outil d’analyse — une matrice à optimiser selon les contextes, où les conflits d’intérêts sont nombreux et où l’objectif est de faire au mieux.

Nous avons appliqué cet exercice à la question de l’avortement, en examinant les enjeux dans trois contextes très différents : les viols de guerre dans la région du Tigré, la société japonaise et les débats parlementaires au Luxembourg et en France. L’objectif n’est pas de trancher : il est tout à fait possible de rester neutre, d’apprendre à discerner et de construire ses propres positions en comprenant la complexité des situations.
Vivre la solidarité et s’en réjouir
Dans ses lettres©️ d’Ukraine Kateryna Botvinnik (Katia) nous raconte en mots et en images la résilience en action de l’école démocratique qu’elle a co-fondée, One Crazy School.
Elle partage des récits d’humanité, imprégnés d’intimité et d’authenticité, de toute la créativité et initiatives qui émergent pour soulager toutes ces âmes et corps meurtris et surmonter les difficultés. Là-bas, il y a des doulas de la mort. Elle nous livre même de nombreux conseils pratiques au cas où nous serions confrontés à une guerre, pour être en mesure de s’y préparer. Notre collègue d’EUDEC a également été profondément émue d’échanger avec les jeunes de cette école en Ukraine. Sortir de sa bulle, c’est aussi avoir le courage de sortir de sa zone de confort pour oser regarder ce que l’on ne veut pas voir.
Personne n’est à l’abri d’une guerre, mais elles sont le fruit de quelques personnalités dérangées, nous ne devrions pas avoir à les subir. Alors rappelons nous, le droit à l’éducation a été conçu pour permettre la paix, s’il a été dévié de sa trajectoire, c’est à nous de le remettre sur le bon chemin et d’exiger des gouvernements le respect du droit international.
RETOUR AUX SOURCES…
Le 20 mars 2027 marquera le 75ème anniversaire du droit à l’éducation en Europe, l’occasion d’en rappeler les fondements et d’en exiger la pleine réalisation. C’est bien ce que pointe la rapporteuse spéciale de l’ONU Farida Shaheed. Le droit à l’instruction s’est construit sur un compromis, aussi, bien qu’ une certaine marge de
manoeuvre a toujours été reconnue aux États, même s’il est considéré que le choix spécifique des matières à enseigner et des méthodes d’enseignement relève de la responsabilité des États, ces choix doivent toutefois être conformes aux objectifs de l’éducation reconnus au niveau international.
En vertu de l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et des principaux traités relatifs aux droits de l’homme (article 13 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), article 29 de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), les États ont convenu que l’éducation doit favoriser le plein épanouissement de la personnalité humaine et le sens de la dignité, renforcer le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales et donner à chacun les moyens de participer efficacement à une société libre. L’éducation doit également promouvoir la compréhension, la tolérance et l’amitié entre les nations et entre les groupes raciaux, ethniques et religieux, et soutenir les objectifs plus larges des Nations Unies en matière de maintien de la paix.
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