Foire aux questions
Peut-on déscolariser en cours d’année ?
Comme le stipule la loi du 29.08.1953 approuvant la Convention de Paris du 20 mars 1952, l’État, dans l’exercice des fonctions qu’il assumera dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement, respectera le droit des parents d’assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques.
La loi sus mentionnée sous-entend que les enfants qui y sont soumis ne doivent pas forcément intégrer un établissement d’instruction public. Nous n’avons rien trouvé dans la loi stipulant qu’une déscolarisation en cours d’année ne serait pas permise et ce serait en contradiction avec ce droit à la déscolarisation et les droits fondamentaux.
Nous connaissons des familles ayant déscolarisé en cours d’année. En pratique toutefois, lorsque la demande est faite en cours d’année, il est arrivé que certains directeurs aient parfois tardé à donner leur autorisation, donc si c’est possible, il est préférable de s’y prendre à l’avance, voire d’insister pour que l’autorisation soit donnée dans les meilleurs délais.
* Le terme enfant est utilisé ici au sens juridique de « mineur »
Un directeur peut-il refuser de donner l’autorisation ?
Un directeur ne peut, arbitrairement, refuser de donner son autorisation. Il doit avoir un sérieux motif pour le faire, par exemple que ce ne soit pas dans l’intérêt supérieur de l’enfant, que l’environnement pédagogique proposé par les parents soit défaillant ou négligeant. Le cas échéant, il y aurait des recours possibles.
Comme évoqué au chapitre 4, cela arrive rarement et lorsque c’est le cas, c’est un véritable parcours du combattant sur la durée qui demande énormément de résilience. Il vaut mieux éviter autant que possible d’arriver à ce genre de situation. Il arrive qu’un directorat refuse de renouveler une autorisation, lorsqu’il estime que les socles du plan d’études n’ont pas été atteints (voir nos commentaires aux points c, d et e à ce sujet).
* Le terme enfant est utilisé ici au sens juridique de « mineur »
Où trouve-t-on le plan d’études au fondamental ?
Le Luxembourg a ratifié le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC). Il traite du droit à l’éducation dans son article 13[1]. L’enseignement primaire doit être universel et tenir compte de la culture et des besoins de la communauté.
Un règlement grand-ducal du 11 août 2011 fixe le plan d’études pour les quatre cycles de l’enseignement fondamental. Le plan d’études au fondamental est consultable à partir du lien suivant en français :
https://men.public.lu/dam-assets/catalogue-publications/courriers-de-leducation-nationale/numeros-speciaux/plan-etudes-ecoles-fondamentale.pdf
Il existait une version allemande, anglaise et portugaise qui sont peut-être encore disponibles sur demande au ministère de l’éducation ou auprès des directorats.[2]
Le plan d’études est un référentiel visant à enseigner des « besoins éducatifs fondamentaux » pour vivre dans notre société, notamment lire, écrire, calculer, l’apprentissage des langues et une culture générale de base. Le plan d’études luxembourgeois actuel n’est plus adapté aux besoins de la société et va être modifié.
Un nouveau plan d’études[3] pour l’enseignement fondamental est en cours d’élaboration et reposera sur quatre piliers thématiques :
- le bien-être des élèves (alimentation, mouvement, motricité, éducation affective et sexuelle, résilience, consommation numérique) ;
- la participation (responsabilité, engagement, donner une voix aux élèves, contribuer à la transformation de la société dans une perspective de durabilité) ;
- le multilinguisme (alphabétisation en allemand ou en français, clarification du rôle des langues véhiculaires) et
- la digitalité (éducation aux et par les médias, compétences informationnelles et communicatives, pensée critique, créativité et résolution de problèmes (par exemple coding), protection des données et cybersécurité dans le monde numérique).
L’article 2 §18 de la loi du 6 février 2009 stipule que la maîtrise des socles de compétences repris dans le référentiel du plan d’études au fondamental est attendue à la fin de chaque cycle. Cette exigence de maîtrise ne s’applique pas aux élèves à besoins spécifiques (Art. 2 §16).
L’article 6 de cette même loi stipule que l’enseignement fondamental vise à développer progressivement auprès des élèves les compétences du socle.
Les dispositions de cet article s’appliquent également à l’enseignement à domicile et à l’enseignement privé.
L’État se décharge ainsi d’une obligation de résultat relatif aux acquisitions de compétences, qu’il est du reste illusoire de vouloir garantir et donc il serait discriminatoire d’exiger une obligation de résultat de la part des familles instruisant hors école. Le cas échéant, il y aurait discrimination en violation de l’article 14 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Dans son rapport global de 2006[4] la Rapporteuse spéciale de l’ONU Katarina Tomaševski, soulignait que les gouvernements ont des comptes à rendre sur les violations des droits de l’homme. Elle constatait que les pays riches définissent les critères et évaluent les performances des pauvres, mais s’exemptent de tout suivi de leurs propres performances.
Le saviez-vous ? : « 91,3 % voire 98,7% des jeunes de 15 ans ayant été scolarisés dans les pays de l’OCDE ne sont pas capables de lire des textes courts et simples avec un peu de sens critique». C’est ce que nous révèle l’étude PISA. Et il n’est question ici que de lire, pas d’écrire. De fait, environ 2/3 des élèves maîtrisent le niveau 2 de lecture du test Pisa et sont déjà dépassés par l’intelligence artificielle !
Or les États ayant adhéré au PIDESC comme le Luxembourg qui l’a ratifié, sont dans l’obligation de mettre en place et de maintenir un système transparent et efficace pour s’assurer que l’éducation puisse contribuer au plein épanouissement de la personnalité humaine.
L’obligation de respecter le droit à l’éducation requiert des États parties qu’ils évitent de prendre des mesures susceptibles d’en entraver ou d’en empêcher l’exercice, notamment en cherchant à imposer des méthodes didactiques n’ayant pas fait leurs preuves et en ne soutenant pas les voies alternatives. Les gouvernements ne respectant pas les droits humains sont de mauvais éducateurs. L’éducation doit nous apprendre que la rébellion contre toute forme d’oppression est un droit inné.
[1] L’éducation est un droit fondamental et une des clefs nécessaires à l’exercice des droits inhérents à la personne humaine. C’est le principal outil permettant à des adultes et à des jeunes économiquement et socialement marginalisés de sortir de la pauvreté et de se procurer les moyens de participer pleinement à la vie de leur communauté.
[2] Sur ce lien vous trouverez à titre d’exemple également le plan d’études de l’école européenne en plusieurs langues:
https://www.eursc.eu/fr/European-Schools/studies/syllabuses2023
[3] Source : https://men.public.lu/fr/actualites/communiques-conference-presse/2023/10/04-plan-etudes-ef.html
[4] http://katarinatomasevski.com/images/Global_Report.pdf Introduction p. XXV
Que faire quand une évaluation est jugée insuffisante ?
Les apprentissages ne sont pas linéaires et les agents de l’État n’ont pas pour mission de vérifier que les apprentissages sont acquis, mais de veiller à ce que l’environnement éducatif n’entrave pas les acquisitions de ces apprentissages.
En ratifiant le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), l’État luxembourgeois est tenu de garantir le libre choix de l’éducation, sans ingérence de l’État ou de tiers, sous réserve qu’elle soit conforme aux « normes minimales qui peuvent être prescrites ou approuvées par l’ État en matière d’éducation » (art. 13, par. 3 et 4). Or, l’efficacité de ces normes n’est jamais véritablement remise en question.
La plupart du temps les évaluations et tests sont réalisés sur des critères dogmatiques purement scolaires et donc à ce titre contestables. En effet, ils ne sont pas forcément adaptés à l’approche pédagogique des familles et omettent souvent de valoriser l’acquisition de compétences non référencées dans le plan d’études et pourtant conforme aux objectifs de l’éducation.
Les familles doivent apprendre à valoriser les progrès réalisés et présenter leurs pratiques de manière à rassurer les directorats les plus conservateurs.
Malgré cela, les agents de l’État restent à la fois juges et partis et les familles se retrouvent parfois face à ce qu’Edgar Morin pourrait appeler le totalitarisme d’un parti unique.
Ainsi, bien que les choix éducatifs des parents soient prioritaires sur ceux de l’État, ils sont parfois balayés d’un revers de la main dans la banalité d’un arbitraire qui frôle l’obscurantisme. À des questions précises sur la justesse des méthodes d’évaluation pratiquées, le ministère de l’éducation ne répond que de manière évasive, autrement dit, à défaut de véritablement répondre, il se contente de sa posture arbitraire.
Les familles, les jeunes sont pris en otage par un État qui n’a qu’une obligation de moyen et non de résultat, et abuse sans vergogne de son pouvoir, en toute impunité. En effet, nous l’avons évoqué au point 4, la justiciabilité du droit à l’instruction n’est aucunement garantie dans l’État de droit luxembourgeois. Pourtant ce ne sont pas les arguments juridiques qui manquent.
Il est temps de faire l’effort citoyen et responsable de porter ces outrages devant les plus hautes juridictions, car au dessus de toute loi, il est question de notre humanité en tant que communauté. Le droit à l’éducation ne peut être exercé que s’il s’accompagne des libertés académiques tant pour les enseignants que pour les étudiants, que ce soit en milieu institutionnel ou en milieu non institutionnel, tel que le milieu familial.
Plan d’études au secondaire ?
Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) affirme que l’enseignement secondaire doit également répondre aux critères des dotations, de l’accessibilité, de l’acceptabilité et de l’adaptabilité comme pour l’enseignement primaire.
Il est destiné à compléter l’éducation élémentaire et à affermir la base d’une éducation permanente et de l’épanouissement de la personnalité. Il prépare les élèves à l’enseignement professionnel et supérieur. Pour ces raisons, il requiert des programmes d’études souples et des systèmes de formation variés.
Ainsi il existe un plan d’études officiel au secondaire pour différentes sections et branches. Ce qui intéresse les autorités, conformément à la loi, c’est que :
L’enseignement pratiqué permette aux élèves d’acquérir une culture générale et les prépare aux études ultérieures et à l’apprentissage tout au long de la vie, à la construction de leur propre vie et de la vie en société, à la vie professionnelle et sociale et à l’exercice de leurs droits et de leurs responsabilités de citoyen dans une société démocratique libre…
Or, il existe une multitude de chemins pour atteindre cet objectif.
Faut-il signer tel ou tel formulaire ?
Au fondamental :
L’article 5 (3) de la nouvelle loi du 20 juillet 2023 sur l’obligation scolaire (abrogeant l’article 10 de la loi précédente du 6 février 2009) stipule que :
« Le mineur à besoins éducatifs spécifiques satisfait à l’obligation scolaire en recevant un enseignement adapté à ses besoins constatés par la commission nationale d’inclusion ou par une commission d’inclusion. »
Toutefois, la loi du 6 février 2009 portant organisation de l’enseignement fondamental est toujours en vigueur et l’article suivant précise que les parents doivent être consultés et marquer leur accord pour une prise en charge:
Art. 29
Il est créé dans chaque arrondissement au moins une commission d’inclusion scolaire qui a pour mission de définir, soit à la demande des parents, soit à la demande de l’instituteur et pour autant que les parents aient marqué leur accord, la prise en charge des élèves en question.
Autrement dit, personne ne peut vous forcer à signer une prise en charge par la commission d’inclusion scolaire. Si vous l’avez signée et le regrettez, en vertu des droits humains, il doit être possible de revenir sur sa décision en la contestant, mais nous n’avons pas de retour d’expériences en ce sens à partager.
Au secondaire :
Les agents du ministère pour l’enseignement à domicile au secondaire ont récemment demandé à des familles de signer le formulaire ci-dessous :

Ce formulaire reflète une approche très scolaire de l’enseignement et est discutable. En même temps, il fait preuve d’une certaine souplesse avec la possibilité d’élaborer un portfolio en cochant la deuxième case.
Dans l’esprit des droits humains, de l’équilibre des pouvoirs, et de la réciprocité, les représentants de l’État ne devraient-ils pas également signer qu’ils s’engagent à respecter la loi et sinon de quel droit vous obligerait-il à signer un tel formulaire ?
Faut-il suivre le plan d’études luxembourgeois ?
Selon l’art. 21 de la loi du 6 février 2009 portant organisation de l’enseignement fondamental:
« … L’enseignement à domicile doit viser l’acquisition des socles de compétences définis par le plan d’études. Dans des circonstances dûment justifiées, notamment – c’est à dire par exemple – si les parents entendent faire donner à leur enfant un enseignement à distance, le directeur d’arrondissement peut accorder une dispense d’enseignement de l’une ou de l’autre matière prévue à l’article 7 de la loi scolaire. »
Il est donc possible de suivre un autre curriculum que le plan d’études luxembourgeois au fondamental sous réserve de l’accord du directeur.
Notons aussi que « viser l’acquisition des socles de compétences définies dans le plan d’études » ne signifie pas qu’il est obligatoire de les atteindre, mais qu’il faut donner la possibilité à l’enfant de les atteindre, car il a droit à l’instruction, or on ne peut forcer personne à apprendre. Tous les élèves des écoles n’atteignent d’ailleurs pas ces socles. Le plan d’études est toutefois relativement souple par rapport aux différents rythmes des élèves en prévoyant un niveau bas , moyen et élevé. Il représente une sorte de référentiel sur les compétences.
Par ailleurs, il existe de sérieux arguments empiriques et scientifiques par rapport à l’exigence de forcer certains apprentissages ou d’exiger l’acquisition de certaines compétences à un âge donné. Ainsi, par exemple, si un individu ne sait pas lire à 10 ou 14 ans, cela ne présage en rien de ses compétences de lecture futures. Il ne serait pas admissible, cependant, de ne pas lui permettre de développer cette compétence.
Toutefois, les adeptes des apprentissages autonomes doivent parfois argumenter et être bien au fait de la loi en vigueur pour défendre leur position pédagogique face aux autorités.
* Le terme enfant est utilisé ici au sens juridique de « mineur »
Comment se passe l’instruction en famille ?
En pratique chaque famille instruit selon ses propres convictions et compétences.
En général, les parents assurent eux-mêmes l’instruction de leur enfant en s’adaptant à la personnalité de leur progéniture, que normalement, ils connaissent bien. Ils suivent des méthodes pédagogiques alternatives ou enseignent en s’inspirant des événements quotidiens.
Bien souvent, mais pas nécessairement, les parents commencent par faire l’école à la maison de manière assez formelle et finissent par privilégier des apprentissages plus informels qui s’avèrent plus satisfaisants, selon les circonstances, ou bien ils trouvent un juste milieu entre les deux, en s’adaptant au jeune, à ses particularités et intérêts.Tout dépend de leur regard sur l’enfant, de leur capacité à lâcher prise par rapport à des attentes normatives et de leur philosophie de vie ou convictions.
Certaines familles délèguent l’instruction en partie ou complètement (plus rare) à des professeurs externes, selon leurs revenus, disponibilité et compétences.
De nombreux parents optent pour des cours par correspondance.
Selon la loi du 6 février 2009 portant organisation de l’enseignement fondamental, et la loi du 20 juillet 2023 sur l’obligation scolaire, les cours par correspondance ne sont toutefois pas une obligation.
L’enseignement « à domicile » au fondamental est soumis au contrôle du directeur de région. S’il est constaté que l’enseignement dispensé ne répond pas aux critères définis par la loi, l’élève est inscrit d’office à l’école de sa commune de résidence. Il en sera de même en cas de refus opposé au directeur de procéder au contrôle.
Au final, tout va dépendre de l’appréciation du directeur, mais tout est discutable, notamment d’un point de vue juridique et pédagogique et idéalement, il faut pouvoir établir une bonne collaboration.
En général, les inspections se passent bien quand chacun y met du sien.
Quels cours par correspondance et supports pédagogiques choisir ?
À la lecture de l’article 21, nous comprenons donc que le suivi de cours par correspondance en français ou allemand est possible, dans la mesure où la plupart des matières de l’article 7 sur les compétences à développer, sont reprises.
Pour les anglophones, il est possible que certains cours anglais soient acceptés, selon la situation particulière de la famille et selon le directeur.
Texte de loi (Art. 7 page 86)
En cas de refus d’un choix de cours par correspondance ou de supports pédagogiques par le directeur, dans la mesure où ces cours respectent les critères de la loi et notamment la finalité du droit à l’instruction, ce sera discutable.
En effet, la mission de l’école est de préparer l’enfant à sa vie d’adulte et à certaines valeurs sociales. C’est dans ce cadre que le choix du curriculum doit être évalué.
Ci-dessous quelques références de cours par correspondance à titre d’exemple :
En français :
CNED, Hattemer, Legendre, Valin, EAD (Belgique), Sainte-Anne, PI, Cours Académiques, KerLann, Clonlara en version francophone…
En allemand :
Clonlara Schule , www.flex-fernschule.de, www.kern-bildung.de,
www.web-individualschule.de , www.vhs.de, www.methodos-ev.org
En anglais :
Clonlara, West River Academy, … étant donné que l’enseignement à domicile est très répandu aux États-Unis, il existe de nombreuses offres de cours en ligne.
Au Luxembourg des possibilités de e-learning au secondaire sont mises en place, voir sur le site www.ecampus.lu
Il existe également pléthore de possibilités permettant de s’instruire voire de s’évaluer sur toutes sortes de sujets, payantes ou gratuites : des tutoriaux, vidéos, jeux et applications en ligne (Khan Academy, MOOCs, Duo lingo, Udemy…).
Des outils issus de l’intelligence artificielle comme la version payante de chat GPT ou Code Interpreter bouleversent aussi de plus en plus le paysage éducatif.
Les cours par correspondance sont souvent onéreux, excepté l’EAD belge, mais celui-ci ne délivre pas de certificat de scolarité. Le baccalauréat et autres diplômes de fin d’étude similaires, peuvent être passé en candidat libre.
Etant donné que l’obligation scolaire prolongée jusqu’à 18 ans sera effective à l’horizon 2026, l’État devra désormais fournir des validations permettant aux jeunes de s’inscrire dans des établissements d’enseignement supérieur et y obtenir des diplômes professionnels.
Peut-on re-scolariser après une déscolarisation ?
Beaucoup d’enfants n’ayant jamais été scolarisés veulent un jour ou l’autre faire cette expérience, ou bien pour d’autres raisons y sont contraints.
Nous ne connaissons pas d’enfant pour qui cela ait posé un problème, tant en terme d’adaptation au rythme scolaire, que du point de vue des compétences de l’enfant, voire de l’adolescent.
Etant donné que l’obligation scolaire a été prolongée à 18 ans d’ici 2026, l’État a désormais l’obligation de laisser les jeunes, jusqu’à leurs 18 ans, intégrer un établissement d’enseignement public. Si toutefois on vous suggérait de placer les enfants dans une classe inférieure à leur âge et à leur niveau, sachez qu’il est possible de contester en vertu de l’article 23 de la loi du 6 février 2009 portant organisation de l’enseignement fondamental.
Sur décision de l’équipe pédagogique, un élève qui, après une année d’enseignement, maîtrise les objectifs définis pour la fin du cycle peut être admis au cycle suivant.
Sur décision de l’équipe pédagogique prise au cours du cycle, un élève peut passer une année supplémentaire au sein du cycle afin de lui permettre d’atteindre les objectifs définis pour la fin du cycle.
En cas de désaccord avec la décision de l’équipe pédagogique, les parents ont la possibilité d’introduire un recours auprès de l’inspecteur d’arrondissement qui statue dans le délai d’un mois.
L’élève qui suit une année supplémentaire au sein du cycle reçoit un enseignement qui évite la répétition des activités déjà bien maîtrisées et qui est spécialement adapté à ses besoins d’apprentissage.
Dès que l’équipe pédagogique constate qu’un élève ne peut atteindre les objectifs de fin de cycle dans le temps maximal imparti, il bénéficie des mesures prévues dans la section 4 du présent chapitre (à savoir Art. 22 (4) des mesures d’accompagnement décidées en fin de cycle pour être mises en œuvre au cycle suivant selon les besoins de l’élève).La durée totale du séjour d’un élève dans les trois cycles qui correspondent à l’enseignement primaire ne peut pas excéder huit années.[1]
En ce qui concerne le secondaire, cela ne semble pas réglementé par la loi et il s’agit de trouver un accord avec le directeur d’établissement concerné. Nous n’avons pas été informés de problèmes particuliers à cet égard.
Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) et la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) ratifiés par le Luxembourg suggère que le jeune reçoive un enseignement adapté à ses capacités, si ce n’était pas le cas, ce serait donc discutable, en tout cas d’un point de vue juridique.
[1] https://data.legilux.public.lu/filestore/eli/etat/leg/trep/2014/09/04/n2/jo/fr/html/eli-etat-leg-trep-2014-09-04-n2-jo-fr-html.html#1-1-4-3-3-
Comment se passe la reconnaissance des années d’instruction voire l’obtention de diplômes ?
Bien qu’il y ait toujours des solutions pour rattraper un cursus, elles peuvent être plus fastidieuses. Ainsi c’est un point important qui peut être discuté avec le ministère si nécessaire.
En France, par exemple, il est possible de passer le bac en candidat libre.
Souvent certains jeunes passent le baccalauréat en réintégrant un lycée l’année du diplôme ou plus tôt pour se constituer un dossier scolaire nécessaire à l’intégration de certains établissements d’enseignement supérieur.
En cas de suivi de cours par correspondance délivrant un certificat de scolarité, le problème de la validation des compétences sera évité. Certains adolescents rejoignent donc le lycée pour avoir un dossier scolaire demandé dans certaines écoles après le baccalauréat, en France notamment, mais gardons à l’esprit qu’au final, ce qui compte vraiment ce ne sont pas tant les diplômes que les compétences.
Certains organismes payants comme Clonlara.org ou Kern-Bildung.de aident les enfants ayant été instruits de manière informelle à se conformer aux exigences scolaires ou à préparer le baccalauréat par exemple.
Au Luxembourg, nous pouvons citer juste à titre d’exemple la plateforme de
e-learning www.ecampus.lu pour le secondaire et l’organisme suivant s’adresse aussi aux enfants instruits à domicile, mais nous n’avons pas de retour d’expérience à son sujet : www.reussitschool.lu
Il est aussi possible d’apprendre le luxembourgeois gratuitement en ligne sur ce site www.llo.lu et bien d’autres choses ici www.lifelong-learning.lu
Ces quelques sites ne constituent pas une liste exhaustive. À chacun de faire ses recherches et de trouver le support qui lui convient, quel que soit son âge.
Nous pouvons nous attendre à ce que de plus en plus d’outils similaires se développent pour permettre de s’instruire.
Prépare-t-on nos jeunes à un avenir meilleur en déscolarisant ?
Chaque parent souhaite en général le meilleur pour l’avenir de son enfant et la question qui se pose souvent est si l’enfant sera plus performant académiquement en étant instruit en famille.
Il y a un dogme important à déconstruire, celui de croire qu’un enseignement individuel sera plus efficace qu’un enseignement collectif. Le chercheur Alan Thomas de l’Institute of Education de l’Université de Londres, a commencé ses recherches sur l’enseignement en famille pour étudier l’efficacité de l’enseignement individuel et il a découvert toute la richesse de l’enseignement informel (ce qui n’empêche pas d’avoir recours à des outils formels qui peuvent être très utiles).
Il est faux de croire aussi que l’un ou l’autre système sera meilleur, tout dépend de ce que l’on y vit et de comment on le vit. Il est en effet essentiel de mettre en garde contre les maltraitances, que ce soit en milieu scolaire ou non scolaire.
Au Luxembourg, l’enseignement à domicile est contrôlé et il existe des recours en cas de non respect des lois fondamentales par les autorités.
Ainsi, il faut être bien informé sur ses droits et les recours possibles, que l’individu soit instruit en famille ou en institution, car même un gouvernement bien intentionné ne peut garantir que tous ses agents publics se comportent de manière exemplaire et conformément aux valeurs éthiques de la loi.
Le débat école ou pas école, école libre ou école traditionnelle ne sera jamais clos, car c’est à chaque individu de décider s’il préfère plus de formel ou d’informel, plus de liberté ou d’obligation et de choisir la façon dont il veut s’instruire en fonction de ses besoins.
Mais il est important de faire en sorte que l’enseignement, qu’il se déroule à domicile ou en établissement scolaire, n’empêche pas les individus de développer leurs potentialités, que ce soit sous forme académique ou autre, ce qui ne signifie nullement qu’il faut essayer d’en faire des petits génies. L’éducation a pour objectif l’épanouissement et le développement et cela représente bien plus qu’une performance académique.
Faut-il scolariser pour éviter l’émergence de sociétés parallèles ?
En Allemagne, le « Schulzwang » hérité des jeunesses hitlériennes est toujours en vigueur, sous prétexte d’éviter l’émergence de sociétés parallèles, l’Allemagne et d’autres pays remettent en question la liberté d’instruction pour combattre le radicalisme. Toutefois ces positions sont discutables.
Il est utopique de penser que l’on puisse éduquer à la tolérance et aux valeurs démocratiques dans un système autoritaire ne permettant pas une véritable participation des jeunes à toutes les décisions qui les concernent.
Comme le souligne le pédiatre suisse Remo H. Largo dans un article en allemand intitulé « Nous avons maintenant déjà des enfants en burn-out »[1], on commence à voir d’après la biographie de terroristes que c’est le manque de sécurité, de statut social établi, le fait de se sentir exclus et le manque d’autodétermination qui les a mené à s’engager dans l’IS où ils se sentent enfin exister.
« …Vous pouvez le voir dans les biographies de terroristes qui sont de plus en plus connues. Ils n’ont pas connu la sécurité et une reconnaissance sociale suffisante, ils n’ont pas de statut social fixe et se sentent marginalisés. Ils se sentent complètement déterminés par d’autres. Quand ils vont à l’I.S., ils sont enfin quelqu’un. Il ne s’agit même pas d’un phénomène nouveau, on l’avait déjà observé au XVIIe siècle pendant la guerre de Trente Ans. Les gens étaient totalement perdus existentiellement, ils n’avaient pas de position sociale permanente dans la communauté et étaient également affamés et malades. Ils sont donc partis à la guerre.»
D’ailleurs y-a-t-il davantage de sociétés parallèles et de radicalisme en Angleterre qu’en Allemagne, alors que dans ce pays non seulement la scolarisation n’est pas obligatoire, mais aucun plan d’études n’est imposé ? Finalement, qu’est-ce qui prouve que l’institution scolaire telle qu’elle existe, empêche l’émergence de sociétés parallèles et de la radicalisation ?
[1] https://www.tagesanzeiger.ch/wir-haben-jetzt-schon-kinder-mit-burn-out-336732491644
Faut-il scolariser les familles allophones pour les intégrer ?
Cette question s’est posée, car certaines familles allophones – c’est à dire ne parlant aucune des langues officielles du Grand-Duché – n’ont pas obtenu l’autorisation de ne pas scolariser, car ils ne pouvaient transmettre la langue luxembourgeoise à leur enfant encore petit. Par rapport à la loi scolaire actuelle c’est difficilement défendable, car la dérogation est accordée par le directeur donnant l’autorisation, à moins que l’on puisse prouver que ce n’est pas dans l’intérêt supérieur de l’enfant (enfant traumatisé à l’école).
En effet, est-ce que ça vaut vraiment la peine de se lancer dans une bataille juridique pour faire valoir les droits de l’homme ? De fait, revendiquer son droit de parent dans un tribunal est pratiquement peine perdue dans ce contexte et quel avocat serait prêt à défendre un enfant en tant que sujet par rapport aux droits de l’homme ? Quel juge serait suffisamment ouvert pour reconnaître cette liberté de choix ? Dans notre société, il est rare que l’avis des enfants en tant que sujet soit sérieusement pris en compte, encore moins lorsqu’ils sont très jeunes.
Personne ne peut prouver non plus que ce n’est pas dans l’intérêt de ces enfants pour leur intégration sociale de fréquenter l’école pour pouvoir facilement apprendre le luxembourgeois, lorsque cela n’est pas possible en famille ou ailleurs. Cependant, ces refus et ce qu’ils ont impliqué, ont été pour certaines familles plutôt mal vécus et au final les auront surtout incitées à fuir.
La proportion d’étrangers vivant au Luxembourg s’élève à 47,4% au 1er janvier 2023. En 1961, la proportion d’étrangers était de 13,2% seulement. Environ 180 nationalités étaient représentées au 8 novembre 2021. Rien d’étonnant à ce que l’enseignement des langues occupe une place centrale dans le système éducatif luxembourgeois. C’est pourquoi l’offre scolaire s’est adaptée et propose aussi des cursus non luxembourgeois, la tendance va également vers plus de souplesse, aussi pour les luxembourgophones.
Force est de constater que les enfants étrangers vivant dans le pays peuvent, malgré tout, apprendre naturellement les langues usuelles de ce pays, à condition d’être suffisamment en contact avec ces langues. La meilleure des inclusions passe par la création d’espaces de vie dans un environnement bienveillant montrant l’exemple à suivre plutôt que sur base d’injonctions comme « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! ».
* Le terme enfant est utilisé ici au sens juridique de « mineur »
Combien de jeunes sont déscolarisés au Luxembourg ?
Selon une Question ministérielle de 2011, il y en avait alors une vingtaine, 18 plus précisément en 2011/2012 selon un article du quotidien Wort du 16.11.2016 et 70 en 2016/2017 contre 50 en janvier 2016, soit environ 1 enfant pour mille en enseignement fondamental.
Ci-dessous les derniers chiffres partagés par le ministère de l’éducation le 25.07.2024 lors d’une session à la chambre des députés:
| Année scolaire | Nombre d’élèves en homeschooling (fondamental) | Nombre d’enfants en homeschooling (secondaire) | remarques |
| 2023/2024 | 145 | 63 | Chiffres au 25.07.2024 |
| 2022/2023 | 133 | 50 | |
| 2021/2022 | 150 | 60 | |
| 2020/2021 | 153 | 40 | |
| 2019/2020 | 118 | 29 | |
| 2018/2019 | 113 | 39 | |
| 2017/2018 | 110 | 11 |
A titre de comparaison, aux USA, dans le pays où il y a le plus de « non-scos », ce nombre atteint environ 2 millions de personnes, soit plus de 3 % de la population scolaire américaine.
Au Luxembourg, comme dans les autres pays, la tendance est à la croissance mais ce choix reste très marginal. Peu de parents veulent ou se sentent capables de prendre la responsabilité de l’instruction de leur enfant.
En tant qu’association pour la liberté d’instruction, nous ne cherchons pas à faire du prosélytisme pour l’enseignement à domicile. Ce qui nous importe c’est que chaque parent puisse offrir un accès à une éducation respectueuse des valeurs éthiques des droits fondamentaux à son enfant.
Le Grand-Duché n’est-il pas capable de réformer un système scolaire « trop vertical, trop uniforme et trop rigide » ? Il ne s’agit pas de dépenser plus, mais de tout repenser. L’école devrait être un havre de paix où il fait bon vivre, ensemble.
* Le terme enfant est utilisé ici au sens juridique de « mineur »
Socialisation des jeunes non scolarisés
L’essentiel est dit dans cet article de Wikipedia
Une crainte fréquente – crainte plus fréquente au sein du grand public que chez les parents qui pratiquent l’éducation à la maison – serait l’isolement potentiel subi par les enfants privés des contacts avec d’autres enfants scolarisés. Les associations de promotion de l’école à la maison évoquent toutes le sujet sur leurs sites Web. Beaucoup de parents fuient précisément cette « socialisation » faite de conformisme, de pression sociale exercée par les autres enfants scolarisés, de brimades et de mauvaises influences.
Pour la plupart des partisans de l’école à la maison, leur choix améliore en fait le développement social de leurs enfants. En effet, pour ceux-ci, les années passées dans un établissement sont les seules durant lesquelles les écoliers seront séparés artificiellement en groupes cloisonnés de même âge (par efficacité économique et non souci de qualité). Ces partisans affirment que les enfants éduqués à la maison vivent une socialisation plus saine et plus naturelle, car ils interagissent plus avec des personnes de tout âge. Ceci conduit à une influence accrue des adultes et une moindre de la part des autres enfants, ce qui produit de jeunes citoyens plus mûrs.
Aux États-Unis et au Royaume-Uni, un certain nombre d’études, souvent financées par des organisations de promotion de l’école à la maison, tentent d’évaluer les conséquences de la scolarisation à la maison sur la « sociabilité » des enfants. Les résultats sont en général extrêmement positifs (études de Larry Shynes & alt.).
Certains auteurs, comme Robert Epstein, ex-rédacteur en chef de Psychology Today, considèrent que le prolongement de la scolarisation obligatoire et le fait de « parquer » les adolescents entre eux les infantilisent, alors que l’enseignement personnalisé en contact plus rapproché avec des adultes, comme l’instruction à la maison, permet une maturation plus rapide et d’éviter la crise de l’adolescence. Crise qui est en grande partie une conséquence de cette longue scolarité obligatoire pendant laquelle les adolescents sont traités comme des enfants et n’ont comme modèles et compagnons que d’autres adolescents.
Dans son livre récent paru chez Broché « L’école à la maison au Québec : Un projet familial, social et démocratique », la chercheuse Christine Brabant fait également le point sur de nombreuses études à ce sujet avec impartialité.
À en croire l’étude indépendante de Robert Kunzmann, de l’Université d’Indiana et de Milton Gaither , du Messiah College, de 2013, et réactualisé en 2020[1], la socialisation que ses détracteurs considèrent comme l’un de ses points faibles, n’est pas avérée.
[1] https://icher.org/files/Kunzman_and_Gaither_An%20Updated_Comprehensive_Survey.pdf
Se rencontrer et échanger ?
Des activités régulières ont lieu entre familles non scolarisantes.
Vous êtes les bienvenus pour aller à leur rencontre et échanger avec elles afin de vous aider à faire le choix de déscolariser ou pas, et pour faire de nouvelles connaissances.
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